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Sciences-Po Toulouse : « L’idée n’était pas de créer une nouvelle école de journalisme mais de former des journalistes »

SciencePoToulouseBeaucoup ne le savent pas, mais il n’y a pas que les écoles de journalisme qui forment les journalistes. Il existe également des cursus universitaires, notamment à Sciences-Po. Attention, je ne parle pas de la maison mère parisienne, qui a monté une véritable institution dans ce domaine… et au final, une école de journalisme. Parlons plutôt de la formation en deux ans, type « master » que proposent les IEP de province. Pour cela, j’ai interviewé le responsable du diplôme « D4P2 Journalisme » de l’IEP de Toulouse : Olivier Baisnée.

 

Reporter#Blogueur: Quel est selon vous l’atout principal de la formation de journaliste dispensé par Sciences-Po Toulouse ?

Olivier Baisnée : C’est surtout d’être un parcours d’un diplôme d’IEP. Autrement dit, un étudiant diplômé du parcours est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques. Cela a plusieurs implications. La première c’est que, avec un marché de l’emploi qui est ce qu’il est, une profession qui demande d’importants sacrifices à ses nouveaux entrants, un diplômé de cette formation peut faire valoir son diplôme sur d’autres marchés professionnels. Heureusement (pour la formation) cela reste très minoritaire mais c’est un filet de secours appréciable pour les étudiants. Par ailleurs, la formation reste pluridisciplinaire. Au bon sens du terme. Les cours proposés en histoire, droit, sociologie, économie, science politique sont de haut niveau universitaire et il ne me semble pas inutile d’avoir des journalistes qui ont suivi des cours de niveau master sur, pour n’en prendre que quelques-uns, la macro-économie, l’histoire des idées politiques, le fonctionnement de l’Union européenne, l’histoire constitutionnelle, les phénomènes politiques contemporains.

Est ce que le fait que cette formation ne soit pas reconnue par la profession est un handicap selon vous ?

Bien entendu compte-tenu du fonctionnement corporatiste lié à la convention collective qui permet aux étudiants des écoles dites reconnues de meilleures conditions de stage et d’insertion professionnelle.

Néanmoins, si cette formation (qui, parce qu’il s’agit d’une formation universitaire, est une des moins onéreuses disponibles) ne fonctionnait pas, ne permettait pas à nos étudiants de devenir journalistes et de s’épanouir professionnellement, il y a longtemps que nous (et moi le premier) aurions mis un terme à ce choix.

Pourquoi ne l’est elle pas ?

Parce que nous ne l’avons pas demandé !

Par contre nous sommes reconnus par le Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche. A l’échelle internationale le système français d’écoles de journalisme est très loin d’être la norme. Dans la plupart des pays ce sont les universités qui forment les étudiants. Le poids des écoles dites « reconnues » s’est accru depuis une vingtaine d’années et je n’ai pas le sentiment que cela ait amélioré la situation du journalisme français.

A mon sens, former des professionnels de l’information compétents mais aussi réflexifs sur leurs pratiques et auxquels on assure un enseignement académique de haut niveau est une des missions de l’université. C’est tout à l’honneur de l’IEP de Toulouse que d’avoir fait ce choix car c’est une formation « gourmande » en ressources et en heures d’enseignement.

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Quant à la question de la reconnaissance… Un master (en un an) préexistait à l’actuelle formation en deux ans. Lorsque le diplôme de l’IEP est passé à un format DNM en 5 ans la question s’est posée de demander la reconnaissance par la profession. Outre qu’une telle école existe déjà à Toulouse, les exigences posées à la reconnaissance sont apparues incompatibles avec le fonctionnement de l’IEP. Cela impliquait notamment une autonomisation du recrutement des étudiants et du pilotage pédagogique qui étaient problématiques.

Comme je le dis souvent l’idée n’était pas de créer une nouvelle école de journalisme mais de former des journalistes. Le recrutement à l’IEP est très sélectif (la réussite au concours commun est inférieure à 10%). Par ailleurs la formation propose un nombre limité de place (pour des raisons notamment de mise à disposition du matériel) et les candidats à la formation sont donc à nouveau sélectionnés en fonction de leur projet professionnel. Nous devons donc leur permettre d’intégrer les milieux professionnels dans les meilleures conditions.

L’IEP de Toulouse, comme ceux de province, souffre d’un manque de légitimité par rapport à la « maison mère parisienne », est ce que cela s’applique aussi à ce master ? (Sciences-Po Paris étant reconnu par la profession)

Science-Po Paris fonctionne sur un mode très différent des IEP dits de province et, pour tout dire, de l’Université en général. Nous sommes plus près du fonctionnement universitaire avec un va-et-vient constant entre recherche et enseignement.

Quels sont les enseignements dispensés dans ce master ?

Outre un tronc commun à tous les parcours de l’IEP qui reprend les grandes disciplines enseignées en IEP (Droit, Economie, Science Politique, Histoire), la formation propose à la fois des cours universitaires spécialisés sur le journalisme (droit de la presse et du journalisme, histoire et sociologie du journalisme, etc.) et des ateliers professionnels animés par des journalistes : presse écrite, télévision, radio, webjournalisme.

L’absence de formation sur le photojournalisme est elle voulue ?

J’ai lu un bon mémoire qui expliquait que c’était un domaine en crise ;-) Plus sérieusement la formation compte d’ores et déjà beaucoup d’heures et il est difficile de multiplier les interventions spécialisées. Néanmoins, dans un cadre (à créer) de séminaire où seraient présentées des spécialités journalistiques non abordées pour l’instant ce serait intéressant.

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Lorsque l’on regarde les statistiques fournies par l’observatoire de l’insertion professionnelle de l’IEP de Toulouse, on constate que le secteur Médias/Audiovisuel/Communication/Publicité est largement en tête avec 18% des emplois renseignés par les diplômés de 2013, tandis que l’administration publique était le premier employeur entre 2009 et 2013, comment expliquez vous cette évolution ?

Je ne sais pas. La fonction publique attire peut-être moins nos étudiants. Il faut également prendre en compte le fait qu’outre la spécialité journalisme l’IEP propose une spécialité « communication » qui accueille entre 30 et 40 étudiants chaque année. Si vous ajoutez la dizaine d’étudiants en journalisme on ne doit  pas être loin d’atteindre 18%.

En tant que sociologue des médias, quel est votre point de vue sur l’usage des blogs et du micro blogging (twitter, facebook) par les journalistes professionnels ?

Cela a eu au moins deux conséquences. D’une part cela permet un contact plus intense et plus immédiat avec l’audience qui n’hésite pas à réagir aux productions des journalistes. Par ailleurs cela a tendance à faire éclater les logiques institutionnelles des entreprises de média. Grâce à Twitter notamment, les journalistes de rédactions différentes collaborent échangent, se chambrent aussi. Par ailleurs, toujours dans le même sens, cela déstructure et personnalise le rapport du public aux productions journalistiques. On a tendance de plus en plus à lire un papier sur internet parce qu’il a circulé sur Facebook ou Twitter ou que l’on suit le journaliste. Davantage que parce qu’il est publié par tel ou tel site. Bref, la porte d’entrée sur un papier particulier c’est sans doute de moins en moins le site du média qui le publie et davantage le papier lui-même et/ou son auteur(e).

 

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