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Les nouveaux chiens de garde

« Les nouveaux chiens de garde » est un film réalisé par Gilles Balbastre et Yannick Kergoat. Ce journaliste et ce cinéaste ont fait équipe pour mener une enquête dans le milieu du journalisme, afin d’en dénoncer les liaisons sulfureuses de ce métier avec l’univers du politique et les intérêts économiques. Le titre du film est également celui d’un roman, publié dans les années 1930 par le jeune écrivain Paul Nizan, qui écrivait notamment ces quelques lignes dans son polémique ouvrage :

L’écart entre leur pensée et l’univers en proie aux catastrophes grandit chaque semaine, chaque jour, et ils ne sont pas alertés. Et ils n’alertent pas. L’écart entre leurs promesses et la situation des hommes est plus scandaleux qu’il ne fut jamais. Et ils ne bougent point. Ils restent du même côté de la barricade. Ils tiennent les mêmes assemblées, publient les mêmes livres. Tous ceux qui avaient la simplicité d’attendre leurs paroles commencent à se révolter, ou à rire. (Paul Nizan, Les Chiens de garde, 1932)

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Synopsis du film

Les médias se proclament « contre-pouvoir ». Pourtant, la grande majorité des journaux, des radios et des chaînes de télévision appartiennent à des groupes industriels ou financiers intimement liés au pouvoir. Au sein d’un périmètre idéologique minuscule se multiplient les informations pré-mâchées, les intervenants permanents, les notoriétés indues, les affrontements factices et les renvois d’ascenseur.
En 1932, l’écrivain Paul Nizan publiait Les chiens de garde pour dénoncer les philosophes et les écrivains de son époque qui, sous couvert de neutralité intellectuelle, s’imposaient en véritables gardiens de l’ordre établi.
Aujourd’hui, les chiens de garde sont journalistes, éditorialistes, experts médiatiques, ouvertement devenus évangélistes du marché et gardiens de l’ordre social. Sur le mode sardonique, LES NOUVEAUX CHIENS DE GARDE dénonce cette presse qui, se revendiquant indépendante, objective et pluraliste, se prétend contre-pouvoir démocratique. Avec force et précision, le film pointe la menace croissante d’une information produite par des grands groupes industriels du Cac40 et pervertie en marchandise.

(source : Allociné)

                    

Une critique médiatique mordante

Les réalisateurs n’y vont pas par quatre chemin pour dire ce qu’ils pensent du monde médiatique. L’enquête qu’ils mènent et qu’ils illustrent de façon triviale à travers un montage efficace, montre clairement que les journalistes et le journalisme plus largement sont entièrement contrôlés par les décideurs politiques, eux mêmes tenus en laisse par les décideurs économiques.

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Le journaliste est en résumé un bon toutou, très généreusement nourri par les patrons du Cac qui dictent à ces derniers, quoi dire et comment le dire. Autant dire que si vous êtes étudiant en journalisme ou simplement envieux de le devenir, je ne vous conseille pas de regarder ce documentaire, ou alors en vous forçant à prendre énormément de recul !

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A vous dégouter du journalisme

Il est clair que lorsque l’on voit le simulacre d’interview/hommage entre Jean Pierre Elkabbach, journaliste d’Europe 1 et Arnaud Lagardère, son patron, sur les jolis divans de « Vivement Dimanche », animé par un autre bon soldat du groupe Lagardère, on ne peut s’empêcher de sourire (ou de pleurer).

Plus fort encore. Lorsque l’on entend les propos de Franz-Olivier Giesbert, éminent rédacteur en chef du « Point », clamant haut et fort sur l’antenne de France Inter :

« Écoutez, ce sont des choses qui arrivent dans tous les journaux. Et ça me paraît tout à fait normal. Je pense que tout propriétaire a des droits sur son journal. Il a, lui, le pouvoir. Vous parliez de mon pouvoir. Enfin mon pouvoir, excusez-moi, c’est une vaste rigolade ! Y a des vrais pouvoirs ! Les vrais pouvoirs stables, c’est le pouvoir du capital ! ça c’est le vrai pouvoir. Il est tout à fait normal que le pouvoir s’exerce. »

… la déontologie journalistique appréciera.

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Plus mauvais que le journaliste : le « spécialiste »

Les journalistes ne sont pas les seuls à en prendre pour leur grade dans ce film. Ce que dénoncent surtout les réalisateurs, c’est le rôle prééminent dans les médias, des « spécialistes » et autres « conseillers ». Le montage (clairement à charge) du documentaire, révèle très bien cette influence que les Jacques Attali et autre Dominique Wolton ont acquis sur les chaînes de télévision et les antennes radio. Ces spécialistes de l’économie, de la politique, de l’histoire et autres grandes thématiques, sont invités très régulièrement par les présentateur de JT et autres émissions d’actualité, pour donner leurs avis.

Ce que montre le film, c’est que ces derniers sont constamment présentés par leurs titres académiques « docteur en… », « professeur de… », mais omettent curieusement de souligner également d’autres titres, plus rémunérateurs tels que « membre du conseil d’administration de… », « consultant financier du groupe… » etc…

Il semble évident dès lors que ces derniers prêchent pour leurs paroisses, et il s’agit plus de banques et autres entreprises cotées en bourse, que d’universités…

Rester optimiste

C’est peut être le plus dur à faire car les arguments des réalisateurs sont très efficaces et on pourrait vite tomber dans le cliché « journalistes = tous pourris ». Cependant, il est idiot de prendre tout ce qui est dit dans ce documentaire, au premier degrés. Certes la pluralité médiatique semble être une vaste blague, mais les gens ne sont aussi idiots que ce qui est sous entendu. Des sites d’information comme Médiapart le montre bien. Il n’y a ni pensée unique, ni pluralité médiatique. Il y a DES médias et DES lignes éditoriales. Et même si le lobbying économique et politique est incroyablement puissant dans l’univers médiatique, il existe quand même des sources d’information indépendantes. Le data-journalisme est notamment un formidable espoir pour le journalisme…

Pour aller plus loin, je vous propose de regarder le débat autour de ce film à sa sortie dans l’émission « Ce soir ou jamais » (Fr3)

Et vous, qu’avez vous pensé de ce film ?

 

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